Au milieu des années 1860, deux mondes s'éloignaient mais pouvaient encore se croiser. Tandis que la guerre de Sécession battait son plein et que Lincoln dirigeait une Union vacillante, le Japon s'acheminait vers la Restauration Meiji qui allait marginaliser la classe des samouraïs. Dans cet entre-deux, l'outil technique existait déjà pour que le 16e président des États-Unis envoie, en théorie, un fax à un guerrier japonais. Le principe du fax — contraction de "facsimile" — a été conçu en 1843 par le mécanicien écossais Alexander Bain, et démontré pour la première fois huit ans plus tard par le physicien anglais Frederick Bakewell, à une époque où Lincoln n'était encore qu'avocat dans l'Illinois et où les samouraïs restaient une élite respectée, comme le rappelle l'analyse de JSTOR Daily sur "la fin des samouraïs".
Ce n'est toutefois qu'en 1863 que la technologie franchit le pas de la commercialisation, lorsque l'inventeur italien Giovanni Caselli obtient un brevet pour son "telegraphic apparatus". À ce moment précis, Lincoln tentait de préserver l'Union et les samouraïs se débattaient pour conserver leur statut, mais l'idée d'un envoi d'un discours présidentiel par fac-similé n'était plus de la science-fiction. L'hypothèse est d'autant plus concrète que la transmission par fac-similé reposait déjà sur une logique simple — reproduire "à distance" un original — et que le réseau télégraphique s'étendait rapidement. Rien n'empêchait, en principe, qu'"Honest Abe" expédie une copie des 272 mots de l'Adresse de Gettysburg à un interlocuteur japonais, même si l'histoire n'en conserve aucune trace.
La suite appartient à un autre paradoxe : le fax, que l'on croit rangé au musée des technologies, persiste. Un observateur de l'industrie notait récemment que le marché du fax "est en train de croître, pas de rétrécir", avançant l'estimation de 17 milliards d'envois annuels. Le secteur de la santé en serait le premier contributeur pour des raisons de conformité : une ligne téléphonique dédiée rend l'appareil compatible avec les exigences de confidentialité, là où des outils plus récents peinent à offrir des garanties comparables. Les administrations et les tribunaux continuent pour leur part d'en apprécier la traçabilité — "date, heure, numéro de l'expéditeur et du destinataire" accompagnent chaque transmission —, autant d'éléments qui expliquent la remarquable longévité d'un procédé né avant l'abolition du shogunat et contemporain des derniers samouraïs.


