OCP conserve sa note Baa3 chez Moody’s malgré Ormuz

Rédigé le 08/04/2026
L' Articlophile

Le groupe OCP a récemment annoncé que l’agence de notation Moody’s a confirmé sa note de crédit à long terme Baa3, accompagnée d’une perspective stable. Cette validation maintient le géant marocain des phosphates dans la catégorie "investment grade" malgré les perturbations liées à la crise au Moyen-Orient, particulièrement la fermeture du détroit d’Ormuz depuis fin février.



Moody’s a attribué cette décision aux atouts structurels d’OCP, notamment son contrôle stratégique sur près de 70 % des réserves mondiales prouvées de phosphate. En plus de cette position dominante, le groupe bénéficie d'une structure de coûts compétitive, laquelle lui permet d'obtenir des marges supérieures à celles ses concurrents. La demande mondiale en fertilisants, soutenue par la croissance démographique et la diminution des terres arables, ajoute une dynamique favorable à sa performance. OCP souligne également ses solides capacités de gestion financière et de liquidité, ainsi que son approche méthodique pour faire face à ses échéances obligataires.

Depuis février, les frappes américano-israéliennes contre l’Iran ont bloqué le détroit d’Ormuz, perturbant les chaînes d’approvisionnement mondiales. Cette situation critique affecte directement OCP, dont l’approvisionnement en soufre et ammoniac dépend massivement de ce corridor maritime stratégique. En 2024, le Maroc a importé 40 % de son ammoniac depuis le Golfe, représentant un total de 886 millions de dollars. Pour limiter l’impact, début avril, le groupe a anticipé les opérations de maintenance sur plusieurs de ses unités industrielles, une stratégie technique destinée à réduire la production temporairement et ajuster l'équilibre des prix sur ce marché sous pression.

Ce paradoxe fait débat : la paralysie de Ma’aden, un concurrent clé basé en Arabie Saoudite, ouvre de nouvelles opportunités pour OCP, mais la dépendance aux intrants du Golfe reste un frein significatif. La mise en service d’une usine d’ammoniac vert à Tarfaya d’ici la fin de l'année, avec une capacité initiale de 200,000 tonnes, incarne l’effort d’OCP pour réduire cette vulnérabilité.

Sur le marché américain, des évolutions encourageantes se profilent. Washington a commencé la résolution d’un conflit commercial entre OCP et l’Américain Mosaic, améliorant les perspectives pour la filiale OCP North America. Le rapport financier publié début avril marque également une forte dynamique industrielle, avec un chiffre d’affaires record de 113,9 milliards de dirhams en 2025, accompagné d'un EBITDA de 43,2 milliards de dirhams. Les exportations vers l’Inde constituent un levier de croissance important pour le groupe.

La décision de Moody’s conforte la confiance des investisseurs obligataires au moment où OCP poursuit la seconde phase de son plan d’investissement. Après une émission de 1,75 milliard de dollars en avril 2025, le groupe navigue dans l’un des environnements géopolitiques les plus instables pour son secteur depuis la guerre en Ukraine. La note Baa3 demeure un gage de qualité, garantissant sa position prééminente pour les investisseurs recherchant des actifs EMEA fiables.

Moody’s évoque cependant les risques traditionnels auxquels OCP reste exposé, notamment la cyclicité des prix des engrais et la dépendance aux intrants importés. Ces facteurs sont exacerbés par les tensions géopolitiques actuelles, exigeant une vigilance continue et des ajustements stratégiques de la part du groupe.

Source : Issam El Yadari, Le Desk